Immobile
au milieu d'hectares de landes,
j'ai vu les ailes voluptueuses d'un automne,
ivre de liberté,
flirtées avec audace à la limite de la fièvre météorologique
avant de périr,
sous les griffes d'un hiver tardif, agité de vents
sibériens.
Et dans ce calme propice à la réflexion, à la contemplation,
loin ... très loin des écrans et des concerts citadins,
j'ai attendu que s'envole silencieusement au coeur de l'airail,
la dernière feuille de chêne
avant
que ne renaîsse sous des cieux plus cléments,
le printemps.
Aujourd'hui, je vous conte en pigments quelques-uns de ces
instants précieux ...
Surplombant un patchwork généreux où germent déjà de nouvelles vies,
une feuille de chêne,
se pare
d'une touche de noblesse d'âme
éclairée par une fin qu'elle sent proche.
Résignée et bienveillante,
elle contemple les promesses d'un futur printemps,
avant
de rejoindre pour un dernier voyage, ses compagnes
sur un tapis d'humus.
Lorsque arrivent les après-midi de froid sec
au silence nullement troublé
par le chant perçant des grues cendrées cherchant leur pitance
dans de vieilles chaumes de maïs,
j'entends le discret tic-tac sur le guéridon
poinçonner
les moments de douce quiétude
lorsque une bûche de chêne
offre la dureté de son bois au foyer de la cheminée.
Délaissant pour un temps mon ouvrage au crochet,
les yeux rivés sur les danseuses de flammes,
je savoure,
fascinée,
un spectacle émergeant du fonds des âges.
Le tempo des saisons s'accélère sur l'airial,
ainsi
quand les froidures cèdent leur place à l'Eternel renouveau,
me revient en mémoire
des souvenirs de ventre lourd de bébé.
Et à l'ombre des rares feuilles du noisetier,
les tulipes d'un autre temps, celui de l'attente des naissances
dans les allées fleuries d'un jardin de Corrèze,
celèbrent
de leurs entrelacs charnus un jour ruisselant de soleil.
Soleil qui rayonne sur les pensées sauvages
aucunement plantées par mes soins dans le jardin clôturé de l'airail.
Libres, étouffants les fraisiers domestiques,
elles prospèrent d'années en années.
De mon petit coin perdu des Landes où la vie suit son cours,
je vous envoie
ce joli bouquet accompagné de doux bisoux.
Je ne vous oublie pas.
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